Le brocoli, c'est bien. Le burger, c'est mal. Tu veux bien manger, alors tu accumules les règles, jusqu'à te demander devant chaque assiette : « est-ce que j'ai le droit ? ». Dans ce cinquième épisode de la série, Élodie revient sur ses années d'hyperphagie pour montrer comment ces étiquettes entretiennent la culpabilité.
Quand manger devient anxiogène
À l'époque où Élodie avait le plus de problèmes avec l'alimentation, son poids et son image, sa liste « à manger / à ne pas manger » était interminable. Aujourd'hui, plus aucune notion de bon ou de mauvais aliment… et plus de problème avec l'alimentation ni avec son corps.
Grande gourmande, elle adorait les repas partagés. Mais elle en était arrivée à angoisser à table, focalisée sur son assiette, à perdre tout le plaisir de ces moments conviviaux. C'est ce que vivent beaucoup de coachées : « je ne sais plus quoi manger ».
Le phénomène est entretenu partout : tout le monde a un avis, jusque dans les allées du supermarché. Et même les professionnels ont leurs biais : « j'ai arrêté tel aliment, je me sens mieux, tu devrais essayer ». Un conseil qui n'est pas forcément adapté à chacun.
Valeur nutritionnelle n'est pas jugement moral
Attention, il ne s'agit pas de dire qu'un brocoli et un carré de chocolat apportent la même chose. Leurs valeurs nutritionnelles diffèrent. Mais un aliment apporte aussi quelque chose sur le plan émotionnel, psychologique, relationnel et environnemental.
Le piège, c'est de juger un aliment uniquement sur sa valeur nutritionnelle. Des brocolis à l'eau sans aucun plaisir, ou un burger partagé avec des amis : selon le contexte, le second peut finalement t'apporter davantage. Première clé, donc : sortir de la morale (bien / mal) pour regarder ce que l'aliment t'apporte vraiment.
Restriction cognitive : le cercle contrôle, craquage, culpabilité
Pour Élodie, la relation à l'alimentation était un véritable casse-tête : chaque jour, une nouvelle règle. Elle ne se demandait plus si elle avait faim ou envie, seulement si l'aliment « rentrait dans ce qu'elle avait le droit ». Cette insécurité l'a coupée de ses sensations, ce qu'on appelle les compétences intéroceptives.
« Mais si j'écoute mes envies, je mangerai du fromage ou du chocolat en permanence ! » C'est justement l'effet de la restriction cognitive : plus on s'interdit un aliment, plus le cerveau se focalise dessus. Comme l'enfant à qui l'on interdit de sauter dans la flaque.
Ensuite, la pulsion arrive. Pendant ses crises, Élodie mangeait jusqu'à avoir mal au ventre, puis se disait qu'elle était nulle, incapable de résister, qu'elle n'y arriverait jamais. Pour se sentir forte, elle reprenait le contrôle… et relançait le cercle. Des coachées de 30, 40, 50 ou 60 ans y sont encore, et apprennent peu à peu à le briser.
Réapprendre à faire confiance à son corps
Élodie pensait qu'elle finirait sa vie ainsi. Aujourd'hui, elle fait confiance à son corps « à 10 000 % ». C'est lui qui lui signale qu'elle a faim, comme le voyant d'essence d'une voiture. Ce qu'elle ressent : de la gratitude, de l'apaisement, du soulagement, de la liberté. Et une confiance en elle qui dépasse largement l'alimentation.
La solution n'a jamais été à l'extérieur. Elle est en toi : t'écouter, te connaître, retrouver tes sensations.
Cette confiance change aussi le rapport aux conseils extérieurs. Plutôt que de tout prendre par manque d'estime de soi, on se demande si c'est bon pour soi, avec curiosité. Même face à un professionnel de santé, il est important de garder son discernement et de voir ce qui correspond à son histoire et à ses objectifs. Reprendre sa responsabilité, c'est arrêter de chercher la solution uniquement dans un régime ou une personne.
Bien sûr, après des années de restriction ou d'alimentation très transformée, les sensations mettent du temps à revenir. Il y a une base à reconstruire.
Sortir du tout ou rien
Notre société pousse au binaire : c'est bon ou ce n'est pas bon. Or le corps est cyclique : ce qui te convient à une période ne te conviendra pas forcément à une autre. Rester rigide empêche de s'adapter à ses besoins et à son environnement.
Quels repères à la place ?
Élodie ne classe plus. Son repère principal : le degré de transformation. Plus on se rapproche du brut, mieux c'est pour la satiété et la mastication. Sans tomber dans l'idéal irréaliste du tout fait maison : beaucoup de femmes accompagnées sont mamans solos, avec 24 heures dans une journée. Faire un peu mieux que son point de départ, c'est déjà beaucoup.
Étienne préfère raisonner en apports : cet aliment m'apportera plus de protéines, de fibres, de glucides, de lipides… et celui-ci me rendra plus satisfait de mon repas.
Car être rassasiée ne suffit pas : il faut être satisfaite. Élodie a une règle simple : ne jamais manger une assiette qui ne lui donne pas envie. Riz, poulet, légumes nature ? Elle ajoute une sauce, des épices, une touche qui lui fait plaisir. Résultat : elle mange parfois moins, mais s'arrête satisfaite, sans chercher une glace ou du chocolat derrière.
Choix ou obligation ?
Étienne, lui, peut manger un repas très simple ou compter ses calories sans difficulté. La différence ? Il y voit du sens, et s'il ne le fait pas, ce n'est pas un sujet. Il se sent en sécurité dans les deux cas, donc pas de restriction cognitive, pas de pulsion.
Le vrai test : si tu ne contrôles pas, te sens-tu mal ? Alors il y a quelque chose à aller chercher, souvent dans l'éducation. Élodie a vu sa mère enchaîner les régimes. D'autres ont entendu « si tu ne finis pas ton assiette, pas de dessert » ou des remarques sur leur corps. Ces voix d'enfance pèsent lourd.
Le signe que tu avances : une raclette imprévue avec des amis ne te stresse plus. Tu es même contente d'y aller.
Pour aller plus loin, tu peux découvrir le Pack Transformation et faire le quiz sur le comportement alimentaire.
À retenir
- Un aliment a une valeur nutritionnelle, pas une valeur morale.
- L'interdiction concentre l'attention du cerveau et entretient le cercle restriction, craquage, culpabilité.
- Faire confiance à son corps se réapprend, même après des années de troubles.
- Repères utiles : degré de transformation, apports, et surtout satisfaction.
- Le contrôle n'est un problème que s'il te fait te sentir mal quand tu ne l'exerces pas.