Pour clore leur série, Élodie et Étienne ont joué : 20 comportements alimentaires écrits sur des petits papiers, tirés au sort un par un. Pour chacun, ils se demandent s'ils le font encore, s'ils l'ont fait… et tu peux compter ceux que tu coches. Rappel essentiel : aucun n'est bon ou mauvais en soi. Ce qui compte, c'est la fréquence, la raison et ce qui se passe ensuite.
La règle du jeu : jamais de binaire
Manger devant un écran, grignoter en cuisinant ou finir l'assiette de son enfant ne posent pas problème en soi. Les questions à se poser sont toujours les mêmes : à quelle fréquence ? Pourquoi ? Et est-ce que je culpabilise ou je compense derrière ? L'épisode se veut léger : des sujets sérieux, abordés sans se prendre au sérieux.
À table, avec les autres
- Piquer dans l'assiette de l'autre. Étienne plaide coupable, « 98 % du temps » selon Élodie.
- Finir l'assiette de son enfant. Pas gênant de temps en temps. Ça le devient si c'est systématique, sans faim ou au-delà de la satiété. Demande-toi ce qui te pousse : ne pas gâcher ?
- Manger vite de peur qu'on te pique ton assiette. Un souvenir de fratrie pour Élodie… et Étienne était plutôt celui qui piquait.
- Ne pas oser dire non à la mamie qui insiste pour que tu finisses. Une question de confiance et d'estime de soi. Quelques pistes : « avec plaisir, mais demain, tu me fais une boîte ? », ou « si je me force, je vais me sentir mal et garder un mauvais souvenir de ce repas ».
- Se servir sans demander si les autres en veulent. Étienne, encore, sans même s'en rendre compte.
- Ne pas oser prendre le dernier morceau. Ce fameux duel silencieux, jusqu'à ce que quelqu'un dise « bon, si personne n'en veut, je le prends ».
Plaisir, récompense et « je reprends demain »
- Attendre le week-end pour son cheat meal. Étienne ne l'a jamais fait. Élodie, longtemps : « vivement le week-end », puis « demain, c'est la diète ». Aujourd'hui, elle mange ce dont elle a envie un mardi midi comme un samedi soir. Quelle libération.
- Se récompenser après une bonne ou une mauvaise journée. Avant, tout était prétexte. Désormais, Élodie profite des moments entre amis, sans en faire une récompense ni s'y sentir obligée.
- « J'en profite, demain je reprends sérieusement. » Le moment fatal où « si je ne prends pas plaisir maintenant, c'est fichu ». Les résultats se construisent sur la constance, pas sur des promesses de lendemain. Étienne se fixe parfois des objectifs ambitieux qu'il ne tient pas… mais sans se dénigrer : il réajuste.
- Choisir son plat en fonction du prix, alors qu'on a les moyens de s'offrir ce qui nous fait envie. Pour Élodie, c'était lié à sa valeur : « je ne le mérite pas ». Elle le retrouvait jusque dans ses vêtements, toujours achetés en promotion.
Faim, envie, ennui
- Manger sans faim et culpabiliser. Rare pour Étienne (les bonbons au cinéma, peut-être). Un grand sujet pour Élodie pendant longtemps, plus du tout aujourd'hui.
- Ouvrir le frigo, le refermer, le rouvrir. Élodie le fait encore par ennui… mais referme sans rien manger. Avant, une petite voix lui disait qu'il fallait absolument manger : elle finissait par prendre n'importe quoi, sans plaisir, juste pour faire taire cette voix.
- « J'en mange qu'un »… et finir le paquet. Au cinéma, Étienne ne veut rien, puis « goûte »… la moitié du paquet. À l'apéro, chips et cacahuètes font souvent le même effet.
- Grignoter en cuisinant. Goûter son plat est normal. Mais attention aux grignotages inconscients (le tiroir du bureau, les amandes au passage) qu'on oublie de compter quand on pense « ne jamais manger entre les repas ». À distinguer d'une vraie collation, prise parce qu'on a faim.
- Regarder les desserts avant de choisir son plat. Avant, pour calculer. Aujourd'hui, pour voir si quelque chose lui fait envie, sans obligation. Et face à un fondant et une mousse au chocolat, Élodie espère surtout qu'Étienne prenne l'autre.
- Manger devant un écran. Ils le font tous les deux, régulièrement, et ce n'est pas un problème. Manger en conscience est précieux, surtout pour se reconnecter à ses sensations. Mais s'interdire tout écran de façon rigide crée aussi du stress.
Se cacher
- Cacher le bon chocolat au fond du placard. Élodie, pour qu'il en reste quand elle en a envie, puisqu'Étienne n'en achète jamais… mais en mange.
- Cacher les emballages. Élodie l'a beaucoup fait, pour que personne ne voie qu'elle avait craqué.
- Se forcer à finir son assiette au restaurant. Avant, pas une miette ne restait : « j'ai payé, c'est rare, je fais honneur au plat ». Le doggy bag a été une révolution : plus besoin de se forcer, et un deuxième plaisir le lendemain.
- Manger en cachette. Le plus lourd.
Comment Élodie a arrêté de se cacher
Lors des grands repas de famille, même après deux desserts, il lui fallait finir par du chocolat. Elle allait le manger cachée aux toilettes. Elle le vivait très mal.
Sa première étape : identifier une personne avec qui elle se sentait en sécurité, Étienne, et oser manger devant lui. Elle lui a expliqué : « je fais un exercice pour moi. Je ne te demande rien, juste d'être là et de ne pas faire de remarque, même si je mange toute la tablette ». Petit à petit, sans jugement, le comportement est devenu assumé, puis de moins en moins présent.
Ce que tu vis aujourd'hui peut changer. Un jour, tu en riras.
Étienne, lui, ne comprenait pas et se sentait impuissant. C'est en vivant cela à ses côtés qu'il a compris que la nutrition et le sport ne suffisaient pas. Il ne pourra jamais se mettre complètement à sa place, et c'est justement pour ça que tu ne dois pas laisser ta décision de changer entre les mains de quelqu'un pour qui « il suffit de manger moins et bouger plus ».
Chaque chemin est unique. Une coachée cachait les emballages de gâteaux sous les autres déchets au bureau. Le jour où elle s'est engagée dans l'accompagnement et en a parlé à sa famille, les craquages se sont arrêtés, après des dizaines d'années.
Combien de comportements as-tu cochés ? Et lequel as-tu déjà réussi à faire évoluer ? Note-le : voir ses progrès fait du bien. Pour faire le point, refais le quiz sur le comportement alimentaire.
À retenir
- Aucun comportement n'est bon ou mauvais en soi : regarde la fréquence, la raison et ce qui suit.
- Attendre le week-end ou « reprendre demain » entretient le cycle restriction-craquage.
- Bien des habitudes à table parlent d'estime de soi : oser dire non, choisir ce qui te fait envie.
- Manger en cachette nourrit la honte ; se montrer à une personne de confiance aide à en sortir.
- La décision de changer t'appartient, même si ton entourage ne comprend pas.