Tu manges « au cas où », tu ne pars jamais sans quelque chose dans ton sac, tu continues alors que tu n'as plus faim ? Derrière, il y a souvent une peur discrète mais très puissante : celle d'avoir faim. Élodie et Étienne expliquent d'où elle vient et comment l'apprivoiser.
Pourquoi cette peur pose problème
Quand on a peur d'avoir faim, on vit dans l'anticipation : « s'il est 13 h et que je ne mange pas beaucoup maintenant, je ne pourrai pas manger avant ce soir ». Ce n'est plus la partie réfléchie du cerveau qui décide, mais la partie la plus primitive, celle qui gère l'urgence et le danger. Résultat : on mange trop, on n'arrive pas à s'arrêter, et on se sent mal ensuite.
Les insécurités qui créent la peur d'avoir faim
Pour Étienne, tout part d'une notion d'insécurité, enregistrée par le cerveau pour nous protéger. Elle peut avoir plusieurs origines :
- Biologique. Un malaise, une fringale extrême… Le cerveau fait un raccourci : faim égale danger. Élodie a fait plusieurs malaises à l'époque de ses régimes drastiques (dont trois jours à ne manger que des pommes), associés à beaucoup de sport. Ce n'était pas la faim le problème, mais l'épuisement et le fait d'ignorer ses besoins.
- Force et faiblesse. « J'ai écouté ma faim et je n'ai pas réussi à me contrôler, donc je ne peux plus me faire confiance. »
- Reconnaissance. Avoir été jugée ou dévalorisée.
- Connexion. Se sentir, ou non, en lien avec les autres.
Avec le temps, ces insécurités abîment ce qu'on appelle les capacités intéroceptives : la connexion à son corps. On ne lui fait plus confiance, on a l'impression qu'il va nous trahir.
Pourquoi les régimes aggravent les choses
Pendant un régime, avoir faim voulait dire tenir bon : ce n'est pas l'heure, le quota est dépassé, « tiens bon, demain tu auras un bon petit-déjeuner ». La faim est restée associée à la privation, à la frustration, voire à la punition. Alors dès qu'elle pointe le bout de son nez, on l'évite.
Le souci, c'est qu'on se coupe aussi de ce que le corps demande. Beaucoup de personnes mangent « bien », de belles salades, des repas structurés, mais ne perdent pas de poids. Quand on creuse, elles commencent à manger parce que c'est l'heure, jamais parce qu'elles ont faim.
Avoir faim, c'est normal. C'est un mécanisme physiologique, et c'est même une sensation qu'on a besoin de retrouver pour mieux se comprendre.
Exercice 1 : rassurer ton cerveau avec une collation prévue
Première étape : te prévoir une collation « au cas où ». Tu peux manger un peu moins à ton repas, en sachant qu'à tout moment, si la faim arrive, tu as de quoi manger. Rien que ça rassure énormément : tu n'es plus dans le régime où il fallait résister. Tu honores ta faim.
Cela demande souvent de casser une croyance tenace : « manger entre les repas, ça fait grossir ». C'est justement l'insécurité, et non la collation, qui empêche d'avancer. Bien sûr, cela s'adapte à chacun : on ne s'organise pas de la même façon avec un travail de nuit, trois enfants ou sans aucune pause.
Exercice 2 : apprivoiser la faim
Une fois rassurée, tu peux repousser un peu la faim : 5 minutes, 10 minutes, un quart d'heure. L'idée n'est pas de te priver, puisque tu vas manger, mais d'observer ce qui se passe dans ton corps, tes pensées et tes émotions.
Et de te parler. Ça peut paraître « perché », Élodie l'a pensé aussi au début. Pourtant, on se parle déjà toute la journée, souvent pour se dire qu'on est nulle ou dégoûtante devant le miroir. Là, il s'agit plutôt de dire à son corps : « Tu es en sécurité. C'est inconfortable, mais tu peux manger à tout moment. Tout va bien. » Nous vivons dans une société d'abondance : la nourriture est toujours à portée de main.
Deux précautions essentielles :
- C'est un exercice pour développer une compétence, pas pour perdre du poids. Pousser une demi-heure pour maigrir, c'est revenir à la case départ.
- Il se fait après avoir mangé normalement, ponctuellement, idéalement accompagné. Certaines personnes ne ressentent plus du tout leur faim : il faut alors d'abord remettre de la structure.
Fais-le en mode jeu. Tu t'étais fixé 5 minutes et au bout d'une, c'est trop ? Ce n'est pas grave, tu manges. Tu réessaieras. C'est comme ça que la confiance revient.
Aller chercher la vraie peur derrière la faim
Pose-toi la question : si j'ai faim, j'ai peur de quoi ? Puis creuse encore. Une baisse d'énergie ? Et si j'ai moins d'énergie ? Un malaise ? Et derrière ? La peur de dépendre des autres, de ne pas savoir me gérer… Selon les personnes, la faim peut aussi cacher :
- la peur de rater quelque chose (au buffet, ou quand un plaisir est devenu rare dans sa vie) ;
- la peur de craquer plus tard si l'on s'arrête maintenant ;
- un manque de plaisir ou de liberté plus global.
C'est en allant au fond de cette peur qu'on peut trouver la solution adaptée à la personne, plutôt qu'un conseil générique.
Être enfin à l'aise avec la faim
L'objectif n'est pas de ne plus jamais avoir faim, ni d'aller la chercher en permanence. C'est d'être à l'aise avec elle. Le jour où une contrainte t'empêche de manger, tu ne paniques plus : tu sais attendre une heure, et tu ne te rues pas sur ton repas ensuite.
Élodie a mesuré le chemin parcouru le jour où elle est partie marcher trois quarts d'heure sans eau, sans banane, sans chocolat « au cas où »… et sans même y penser. Avant, il y avait toujours quelque chose dans son sac.
Pour mieux comprendre pourquoi tu manges, tu peux aussi faire gratuitement le quiz du mangeur émotionnel.
À retenir
- La peur d'avoir faim n'est pas un manque de volonté, c'est une insécurité enregistrée par ton cerveau.
- Les régimes ont associé la faim à la privation : il s'agit de lui redonner un autre sens.
- Prévoir une collation « au cas où » rassure et casse le cercle vicieux.
- Repousser un peu la faim, en mode jeu, développe ta confiance en ton corps.
- Creuse : derrière la peur d'avoir faim se cache souvent une autre peur.